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 Dans la machine à remonter le temps

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Ramsès II
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Localisation : Bruxelles
Date d'inscription : 10/06/2005

MessageSujet: Dans la machine à remonter le temps   Sam 22 Oct - 7:42

Dans la machine à remonter le temps

Une journée morose à l’école

Une matinée pourrie


La sonnerie marquant la fin du cours de maths, le premier de la journée, vient de retentir, tirant de ses pensées Morgane qui, pour une fois, n’a rien écouté de ce que racontait la prof.

Cette journée de décembre avait bien mal commencé.

Sur le chemin de l’école, Morgane était morose parce qu’elle savait qu’elle ne recevrait pas de cadeau d’anniversaire pour ses treize ans. C’est comme ça quand on a des parents qui peinent à joindre les deux bouts. Et en plus, cet anniversaire tombe dix jours après la Saint-Nicolas, fête des petits enfants et des écoliers.

Comme cadeau pour l’occasion, Morgane avait reçu une jupe et un pull neufs, ce qui ne l’avait pas trop enthousiasmée, elle qui rêvait d’un électrophone comme certaines de ses copines en possédaient un. Elle aimait tant écouter, chez elles, les 45 tours de ses chanteurs préférés, en particulier les chansons d’Harry Belafonte qui la bouleversaient parce qu’elles lui faisaient penser aux anciens esclaves noirs et aux plantations de coton ou de canne à sucre.

Bien loin du décor de neige sale et fondante et de ciel sans fin de cette triste journée dans une ville de province. Les trottoirs étaient de vrais casse-pipes et Morgane, à qui il ne manquait plus que ça, fit un plouf dans une flaque. Elle arriva donc trempée à l’école.

Il est l’heure du second cours.

Direction le grenier, où est établie la salle de gym.

Cours de gym

Il est près de 9 heures 30.

Dans le vestiaire où les filles se changent pour le cours, Morgane ne desserre pas les dents. Pas d’humeur à jacasser avec toutes ces pies qui ne font que jaser sur les autres.

La prof intime l’ordre d’entrer dans la salle, après s’être assurée que tout le monde est en tenue adéquate.

En short bleu marine et tee-shirt blanc brodés de leurs initiales, les filles exécutent docilement la danse russe sous l’œil inamical de leur prof de gym.

Madame Moulier, une petite femme d’environ un mètre soixante, toujours vêtue d’un pantalon gris de gymnaste et d’un informe corsage blanc, continue d’exercer son métier malgré le handicap dont elle souffre. Jeune prof, elle a été terrassée par la poliomyélite qu’elle a vaincue mais qui l’a laissée boiteuse à vie. Et elle en veut au monde entier.

Bizarrement, elle en veut surtout aux élèves qui n’arrivent pas à exécuter correctement les exercices de gym. Elle devrait pourtant comprendre que le physique tout comme le mental a ses limites.

Morgane est sur le point de défaillir de douleur – cette danse russe lui provoque des crampes insupportables au bout d’une minute – quand le sifflet de fin d’exercice la délivre enfin du supplice.

Mais …. Le pire est encore à venir : les exercices à la bome (ou bôme) et au plint. La bome est cette poutre horizontale qu’on règle à des hauteurs différentes en fonction de ce qu’on fait : le singe si on s’y suspend et l’équilibriste si on marche dessus ! Le plint est constitué de caissons qu’on superpose et il faut sauter par dessus, de plus en plus haut à mesure que l’on ajoute des caissons.

A chaque fois, Morgane pense qu’elle ne va pas survivre. A la bome, elle ne peut pas assurer : si elle marche, elle tombe, parce qu’elle a le vertige à trente centimètres du sol et si elle fait le singe, elle tombe aussi parce que ses petites mains larges aux doigts très courts ne lui permettent pas d’assurer la prise.

Au plint, ce n’est pas mieux ! Morgane ne peut pas effectuer une battue correcte avant de sauter parce qu’elle est incapable de synchroniser le mouvement de ses deux pieds. Résultat : elle n’arrive pas à sauter ou elle se casse la figure.

Que dire du trépied, cet exercice au cours duquel il faut donner un bon coup de reins pour dresser le corps, tête en bas, en portant la charge sur les bras et les poignets.

Là, c’est pratiquement impossible pour la pauvre Morgane. Elle a congénitalement une déficience des cartilages et des ligaments qui fait qu’elle se démet tout le temps les poignets et se tord les chevilles.

Enfin, le cours est fini ! La sonnerie va bientôt retentir et les filles se ruent vers le vestiaire.

En se rhabillant, Morgane regarde une de ses compagnes qui agrafe son corset. Et pense qu’il n’est pas tenable de se mettre le corps dans un carcan. Sa mère a tenté de le lui imposer mais elle a résisté.

Au sortir du vestiaire, Morgane profite des quelques minutes qui restent avant le prochain cours pour faire quelque chose d’interdit : aller dans le grenier voisin.

C’est dingue : le grenier de l’école, dans un bâtiment très ancien, date du 13 e siècle et seule une partie en a été réhabilitée. Donc, vu le danger d’effondrement, il est interdit d’y circuler. Mais quelle fascination exercent ces vieilles pierres. Quel délice c’est de s’aventurer, le cœur battant, sur un si vénérable sol ! Quels fantômes peuvent bien y gîter ? Hélas, Morgane n’en a jamais vu malgré l’envie d’en rencontrer. Tant pis, ce ne sera pas encore pour cette fois.

Sonnerie ! Elle est insupportable. Elle vrille tout le temps les oreilles de Morgane qui les a très sensibles.

Les filles dévalent l’escalier, causant un énorme vacarme. Il est en bois, cet escalier, et tout ciré. Un vrai casse-gueule.

Le cours de français

Ouf, on y est enfin, pas de patte cassée et toutes sont heureuses, après la gym, de s’asseoir sur les méchantes chaises devant les affreux pupitres. Il est hideux, cet environnement, avec son carrelage brun et beige qui date du déluge et ses murs écaillés peints dans un bleu délavé. Et le tableau est sale : il a été mal épongé. Les traces de craie le barbouillent encore.

Ah, aussi ces affreux « pare-poussière » (des blouses quoi) en satin noir qui font ressembler les filles à des corneilles.

La sonnerie ayant pris fin, la prof de français, Madame Meillon, arrive dans la classe.

Ensemble, comme dans une chambrée militaire, les filles se lèvent et se mettent presque au garde-à-vous.

C’est qu’elle n’est pas commode, la prof. Un vrai gendarme. Toute raide dans ses vêtements noirs.

Une belle femme quand même, malgré son âge, et élégante dans son deuil. Elle vient de perdre son mari.

Ayant intimé aux filles l’ordre de s’asseoir, elle commence le cours d’une voix un peu sanglotante, en interpellant les élèves.

« Mesdemoiselles, on dirait que depuis que je suis en noir, il ne m’arrive rien de bon. Ainsi, certaines d’entre vous m’ont bousculée. Je sévirai si vous recommencez ».

Morgane, mue par son bon cœur, lève la main et se lève de sa chaise : « Madame, croyez bien que si quelqu’un vous a bousculée, c’était par inattention. »

La prof la toise méchamment et dit : « Mademoiselle Dulac, je ne vous ai pas autorisée à parler et ceci, au surplus, ne vous regarde pas. » Et de poursuivre : « je vous ai à l’œil parce que votre dernière rédaction dénote un esprit malsain pour une jeune fille de votre âge. »

Morgane se demande ce qu’elle a bien écrire dans sa rédaction pour avoir pareille appréciation.

Et la prof d’enchaîner : « vous avez écrit : ‘pour Pâques, j’ai reçu une belle petite jupe droite beige, un joli petit corsage rouge foncé, des chaussures jaunes à boucles et …. Une veste en tissu à poils.’ »

Morgane ne voit toujours pas où la prof veut en venir. Elle commence à se troubler.

Et la prof dit : « pourquoi ces poils ? je suis sûre que vous pensez à un garçon. »

Morgane (qui s’efforce de rester polie) dit : « Madame, je ne vois pas en quoi la description d’un tissu que j’ai faite, faute d’avoir de meilleurs termes, vous fait penser à des choses auxquelles je ne pense pas. »

Arf. Pas de réponse et Morgane qui s’est remise sur sa chaise pense que la prof est bizarre.

Elle sent que derrière son dos, les autres élèves se paient sa tête. Bah, tant pis, elle n’a pas d’amies vraies dans cette classe.

Il y a bien Suzanne qui est une gentille fille. Mais la pauvre, alors qu’elle vient d’avoir un petit frère, se morfond depuis qu’elle a vu son père avec une autre femme.

Morgane qui n’a pas encore d’idée de certaines réalités de la vie ne comprend pas. Et son amie ne comprend pas non plus sauf qu’elle voit souffrir sa mère.

Perturbée par les propos de la prof, Morgane, une nouvelle fois, en ce jour n’a pas écouté le cours. Sauf qu’elle a noté le sujet de la prochaine rédaction : « les petites fleurs du printemps ».

Intermède au réfectoire et récré

Le déjeuner

Pour descendre, on rigole moins parce que le réfectoire est dans la cave et l’escalier est raide. Même sinistre décor que dans les classes.

Horreur : roastbeef, haricots verts et pommes de terre rissolées.

Morgane, qui n’aime déjà pas la viande de bœuf, jette un œil navré sur son assiette.

La tranche de roastbeef est dure comme une semelle, les haricots sont comme de la ficelle et les pommes rissolées sont coriaces et dégagent une odeur bizarre. Les pommes de terre ont dû être gelées.

Morgane dit tout haut ce que les autres pensent tout bas (comme d’habitude). On va vraiment manger ça ?

La surveillante a entendu les commentaires de Morgane sur le menu et va chercher la directrice.

Madame la directrice, demoiselle Loiseau de son vrai nom, arrive en donnant des signes de courroux. Son ample poitrine se secoue tandis qu’elle tremble sur ses jambes en bâtons de chêne chétifs. Son nez que n’aurait pas renié Cyrano de Bergerac se fronce tandis que son front se plisse.

Et Madame la Diro, de sa voix haut perchée, fait son petit discours en hoquetant un peu :

« Mesdemoiselles, notre établissement héberge un chat qui mange les restes de la généreuse cuisine dont vous bénéficiez grâce à l’Etat qui nous subventionne.

Pouvez-vous me dire quelle est la différence entre Mademoiselle Dulac et le chat ? »

Morgane, qui n’en mène pas large mais qui reste rebelle, jette un coup d’œil autour d’elle.

Personne ne lève la main. Silence de mort.

Morgane esquisse un geste, bien vite arrêté par le regard noir que lui jette la Diro.

Et celle-ci, de sa voix perchée dans les hauteurs (on dirait la Castafiore, musique en moins) crie :

« la différence entre Morgane Dulac et le chat, c’est que le chat aime le roastbeef. »

Aucune des filles n’ose rire mais plus d’une en a mal au ventre.

Le repas est enfin terminé. Chacune ayant avalé ce qu’elle a pu.

Maintenant, on peut aller jouer dans le parc – ben oui, on a une cour de récré et un parc avec de vrais arbres et des trucs qui ressemblent à des pierres tombales.

Le parc

Comme tous les jours de classe, on joue aux cow-boys et indiens (oui, les filles jouent à ça aussi).

Morgane – qui est toujours du côté des agressés et donc joue le rôle d’une Indienne - s’est attribué le totem de « Plume de rêve ». Mais ses copines en ont fait « Plume de grenouille ». Arf, elles sont folles.

D’une main vengeresse, elle empoigne sa rivale cow-boy et lui fait tâter le goût de la terre du parc.

Personne n’a encore tué de bison ni délivré d’indien prisonnier quand la sonnerie retentit.

Dans le feu de l’action, Morgane n’a pas réalisé qu’elle avait perdu quelque chose.


L’après-midi

La classe de sciences

Les filles arrivent en courant. Essoufflées par les combats.

Cet après-midi, cours d’anatomie. Le squelette (tiens, on l’appelle Lucy) est à droite du tableau.

Mademoiselle Gény, une vieille fille plate et aux cheveux rares, commence à parler de ce qu’étaient les premiers humains. Et de ce qu’ils avaient de différent des humains actuels sur le plan anatomique. Notamment, la musculature et le squelette.

Soudain, Morgane constate que le boîtier de sa montre est vide ! Tout le mécanisme est parti .

Elle pousse alors un cri à faire trembler tout l’établissement. Et ô stupeur, Mademoiselle Gény perd la couronne d’une de ses fausses dents !

Elle donne néanmoins la permission à Morgane de quitter la classe pour aller rechercher le reste de sa montre.

Morgane va en courant dans le parc, retrouve le mécanisme de sa montre mais il est foutu ! Plein de terre ! Pas la peine de demander à le réparer ! Ce serait trop cher.

Elle est triste parce que cette montre, elle l’avait reçue de sa marraine pour ses 6 ans. Et personne, dans sa famille n’aurait pensé qu’elle allait garder cette montre aussi longtemps sans la briser.

Revenue en classe et toute contrite, elle fait ses excuses à la prof.

Elle est très confuse pour l’accident de dent de la prof. Elle est gentille, celle-là ! Pas de punition.
.
Encore une journée de m…. Mais parfois un petit moment de bonheur.

Retour à la maison

Comme journée, on fait mieux. Morgane se sent coupable d’avoir été tellement en dehors des cours. Elle va devoir travailler un peu plus pour rattraper tout ce qu’elle n’a pas suivi des cours.

Mais, pour se changer les idées, elle va, avec d’autre copines, suivre un chemin peu direct vers la maison pour avoir l’occasion de regarder le rang des ados de l’école voisine qui regagnent l’internat situé un peu en dehors de la ville.

Il y a un beau petit brun qui lui fait battre le cœur. Mais il ne la regarde même pas vu qu’il mate les jolies filles. Morgane n’est pas jolie ! Mais elle ne le sait pas encore.

N’importe, quand elle voit se pointer l’objet de ses pensées, quelque chose s’illumine dans son cœur mais elle se veut extérieurement méprisante. « Bah, il n’est pas si beau que ça » jette-t-elle à ses copines qui regardent le mec comme s’il était le petit Jésus.

Ils n’ont pas trop fière allure, tous ces types qui remontent la rue, crevés et avec un sourire de constipés en croisant les filles.

Un des gamins saisit la main de Morgane au passage et lui glisse un billet. Vite fait, bien fait. Personne n’a rien vu.

Le rang est passé. Les filles se séparent en se faisant la bise un peu hypocritement.

Morgane prend le temps de lire le billet avant de se mettre à ramer pour rentrer au plus vite.

Arf, le billet est plein de fautes d’orthographe et Morgane ne supporte pas ça. Quelle andouille, celui-là. Elle ne donnera donc pas suite.

Et Morgane se dit : « ça ne valait pas encore la peine de me faire engueuler par ma mère quand je vais arriver à la maison ».
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sassmb
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MessageSujet: Re: Dans la machine à remonter le temps   Mer 26 Oct - 2:58

Je le lirai une autre fois, mais je n'y manquerai pas.
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Ramsès II
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MessageSujet: Re: Dans la machine à remonter le temps   Jeu 27 Oct - 1:33

Rien ne presse.

Ces aventures remontent à 50 ans et sont très réelles vu que ce sont les miennes (Ramsès II, alias Morgane, alias Excalibur, alias ses vrais prénoms).

Cette histoire et celles que j'écrirai encore n'ont d'autre but que de retracer une certaine ambiance qui régnait à l'école des filles en ces temps qui ne sont pas encore antédiluviens.

Si tu préfères mes poèmes d'amour, je ne t'en voudrai pas. Mais pour le moment, la fontaine est à sec.
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Perry_Rhodan
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MessageSujet: Re: Dans la machine à remonter le temps   Mer 2 Nov - 23:37

En le lisant, je m'y croyais, j'étais complétement absorbé par l'histoire, et pis on voit bien aussi la différence avec l'école aujourd'hui. Au moins à cette époque, il y avait de la dicipline, du respect et de l'ordre, chose qui se font de plus en plus rare aujourd'hui à l'école
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